Shining Stigmata

2012
There is no concept hidden beyond these pictures, except intimacy. France, Switzerland, Libya, Hungary, Ireland, Austria, Croatia, Germany, USA, Belgium, Luxemburg, Dubai, Czech Republic, Russia, …

(2011-2012)

//SHINING STIGMATA//

Avec son album « Shining Stigmata », Arnaud Brihay pianote sur chaque touche de notre inconscient collectif. Notre instinct primitif, d’abord : cette angoisse primale qui est en chacun de nous, d’être happé par un maelström noir. Qui n’a jamais fait ce cauchemar ou ressenti cette aspiration lors d’un malaise ? Tout simplement la peur du néant, car qu’est un trou noir sinon le grand « Rien » ? Notre choc esthétique, ensuite : le soleil, symbole même de la vie, de la lumière qui dévoile formes et couleurs, détourné par antithèse en tache noire qui ne révélera plus rien, ni beauté ni laideur ; puis notre sensualité, le noircissement du soleil impliquant la privation de chaleur ; en passant par notre perception géométrique : par quel effet d’optique fallacieux une entité de feu globulaire est-elle muée en surface plane ou même en creux une fois passée au noir? Poursuivant le trajet en voyageant dans notre mémoire historique, par les sinistres initiales SS qui nous donnent froid dans le dos ; atterrissant sur la piste de l’approche scientifique du phénomène des trous noirs, si étudié et si mystérieux voire inexpliqué ; et redécollant vers notre bagage judéo-chrétien en évoquant le terme christique des stigmates (encore que les botanistes athées percevront la notion autrement…) ; jonglant par son titre avec notre souvenir cinématographique du délicieusement terrifiant « Shining » de Kubrick, sans parler de l’Etoile Noire de la « Guerre des Etoiles » que nous évoquent ses soleils travestis en astres sombres ; Terminant enfin – provisoirement, certes – ce survol en nous laissant émerger tout doucement de la fascination instinctive qu’exerce sur notre regard les hypnotisantes entités noires sur fond inexistant, nous rappelant par là même que si le noir peut effectivement être ressenti comme le néant, le blanc l’est aussi, indubitablement. Si Arnaud Brihay nous sollicite de si multiple façon par ses images, il ne s’exclut certes pas lui-même de son jeu, car c’est par sa propre implication, sa profonde et palpable émotion esthétique qu’il fait passer dans ses images, qu’il nous entraîne dans son exploration, à la recherche du Noir Perdu.

Texte de Juliette Nothomb